Histoire de Vendée

Histoire de la Vendée
du Bas Poitou en France

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CHAPITRE XL
ILLUSTRATIONS VENDÉENNES DES 18e ET 19e SIÈCLES

 

Jacques Bousseau

Réaumur

Le vice-amiral comte d'Hector (1722-1808)

Le chevalier des Touches, chef d'Escadre

L'amiral Duchaffault

René de Grimouard

De Vaugiraud de Rosny

Le Chevalier de la Coudraye

La Réveillière-Lepeaux

Bonamy

Alquier

Mademoiselle Marie-Charlotte-Pauline de Lézardière

Le Cardinal de la Fare

Cavoleau

Le R. P. Baudouin

Garnereau

René Guiné

Le Général Belliard

Ouvrard, Gabriel-Julien (1770-1846)

Isidore Massé

Le Général Baron de Lespinay

Largeteau, membre de l'institut

Mgr Hillereau, vicaire apostolique

Richier Edouard

Piet François

Crétineau-Joly

Le Général Collineau

Charles Merland

Paul Marchegay

Benjamin Fillon

Paul Baudry

Gaston Guitton

Beaussire Emile

Louis de la Boutelière

Dugast-Matifeux

De Villebois-Mareuil

M. Arsène Charier

Octave de Rochebrune

 

JACQUES BOUSSEAU

 

Jacques Rousseau, qui devint un de nos plus habiles sculpteurs, et porta même le titre de sculpteur du roi, naquit à la Crépelière commune de Chavagnes-en-Paillers, le 17 mai 1681 (1).

Il appartenait à une famille de simples cultivateurs. Dès son enfance, il se fit remarquer par l'adresse avec laquelle, sans autre outil que son couteau, il exécutait divers travaux de sculpture, tel que des Christs et des Saintes Vierges. Aussi l'évêque de Luçon, Henri de Barilllon. étant venu à Chavagnes, en visite épiscopale, le 23 août 1697, le curé lui présenta le jeune artiste et le prélat, charmé de ses dispositions, le prit sous sa protection et l'envoya étudier à Paris. Il y eut pour maître le célèbre Nicolas Coustou, sous lequel il se forma rapidement ; ensuite, il passa quelque temps à Rome.

A son retour à Paris, l'Académie le reçut au nombre de ses membres, et, plus tard, il y obtint le grade de professeur. Son morceau de réception était Ulysse tendant son arc.

Le roi d'Espagne, Philippe V, l'ayant choisi pour son premier sculpteur, Bousseau se rendit dans ce royaume, fit beaucoup de travaux à Madrid et y mourut le 13 février 1740, à l'âge de 59 ans.

La cathédrale de Rouen, le palais de Versailles et diverses églises de Paris renfermaient des œuvres du sculpteur poitevin.

Nous citerons le mausolée du cardinal Dubois, aujourd'hui dans l'église Saint-Roch, et que l'on a, à tort, attribué à Nicolas Coustou ; - le grand autel de la cathédrale de Rouen, représentant l'ancienne loi accomplie par la nouvelle ; - Saint Maurice et Saint Louis, placés dans une chapelle de l'église N.-D. ; - J.-C. donnant les clefs à Saint Pierre ; - La Religion, le tombeau de M. d'Argenson à la Madeleine du Tresnel, un bas-relief dans la chapelle de Noailles, un Zéphir qui ornait le parc Ténars (bords de la Loire), embelli par Mme de Pompadour, et qui, lors d'une vente qui eut lieu il y a quelque vingt-cinq ans, atteignit un prix très élevé.

Au milieu de ses succès, il n'oublia pas sa paroisse natale ; car il sollicita et obtint du pape, en 1719, des reliques de sainte Gaudence et de saint Restitut, partagées entre la paroisse de Chavagnes, où elles sont encore, et celle de Saint-Sulpice-le-Verdon, dont était curé un de ses frères.

 

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(1) En marge de l'acte de baptême on lit : le dit Bousseau est actuellement un des premiers sculpteurs du royaume.

 

 

RÉAUMUR

 

René-Antoine Ferchault, seigneur de Réaumur, naquit à La Rochelle le 28 février 1683. Malgré l'éloignement de cette naissance, la famille Ferchault n'en appartient pas moins tout entière au Bas-Poitou, d'où René Ferchault, seigneur de Réaumur, père du savant auquel nous consacrons ces lignes, ne s'éloigna que pendant quelques années pour occuper la place de conseiller au présidial de La Rochelle.

Après avoir terminé ses études à Poitiers et fait son droit à Bourges, Réaumur, entraîné par un goût irrésistible vers l'observation de la nature, se livra avec une ardeur fébrile à l'étude des mathématiques et de la physique. En 1703, il se rendit à Paris, où son parent, le président Hénault, le mit en relation avec les savants de l'époque. Dès 1708, alors qu'il n'avait que 24 ans, l'Académie des Sciences à qui il avait présenté « des mémoires de géométrie », l'accueillit dans son sein. Il fit partie pendant près de cinquante ans de cette illustre compagnie. Il faut voir dans son Eloge prononcé à l'Académie des sciences, et dans la notice que Cuvier a publiée sur lui, la liste prodigieuse des découvertes importantes qui lui sont dues, et dont quelques-unes seulement eussent suffi à la renommée d'un autre : rien dans les sciences ne lui échappe. Nous n'indiquerons ici que les principales. En 1710, l'Académie le charge de sa grande description des arts et métiers. Les études auxquelles il se livre pour ce travail donnent lieu à une foule de découvertes, par lesquelles il rend ainsi à l'industrie française des services aussi nombreux que variés. Dans son traité sur l'art du cordier, en 1711, il prouve, contre l'opinion commune, que la torsion diminue la force des cordes. En 1722 il publie un Traité sur l'art de convertir le fer en acier et d'adoucir le fer fondu. Le Régent le récompensa de cette brillante découverte en lui accordant une pension de 12.000 livres.

Réaumur dote ensuite la France de la fabrication du fer blanc qui y était inconnue. Son mémoire est de 1725. Il sut retrouver et perfectionner les secrets des Egyptiens dans l'art d'employer la chaleur artificielle pour l'incubation des œufs, et décide l'important problème de la digestion chez les animaux. Ses Mémoires, pour servir à l'Histoire des Insectes, composés de 6 volumes in-4°, parus de 1734 à 1742, se font lire avec l'intérêt du roman le plus attachant. C'est surtout au cinquième volume que brille son génie observateur, dans la description du gouvernement merveilleux des abeilles.

Mais son titre le plus durable devant la postérité « plus durable, dit un panégyriste, qu'une colonne et qu'un obélisque », est son thermomètre.

« Le caractère particulier aux œuvres de Réaumur, dit M. Léon Audé, est le bon sens, la naïveté, la finesse dans l'observation poussée jusqu'au génie. Ses travaux l'avaient placé au premier rang dans la science : entouré de la déférence du gouvernement, il vit les hommes les plus distingués de l'Europe, par leur naissance et leurs talents se faire honneur de son amitié. Mais il ne fut pas seulement un savant illustre, il fut encore un bon et noble cœur, d'un commerce aimable en société, toujours prêt à prodiguer à ses amis son crédit, ses connaissances, sa fortune. Chaque année il faisait un voyage en Poitou, et passait une partie des vacances à son château de Réaumur. Il mourut le 18 octobre 1757, d'une chute faite à la Bermondière, dans le Maine, à l'âge de 74 ans. - Ses collections d'animaux passèrent au cabinet du roi, et sont devenues le principe du Museum d'histoire naturelle. Il avait, par son testament, légué à l'Académie des sciences ses papiers, qui ne remplissaient pas moins de 138 portefeuilles pleins d'ouvrages commencés ou terminés. Telle fut la vie de Réaumur ; vie heureuse, exempte de traverses. »

 

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LE VICE-AMIRAL COMTE D'HECTOR (1722-1808)

 

Charles-Jean d'Hector, né à Fontenay-le-Comte le 22 juillet 1722 (1), perdit très jeune son père, officier de marine. Après avoir reçu une instruction très élémentaire à Saint-Georges-de-Montaigu, où s'était retirée sa mère, il fait une campagne de six mois à la Martinique ; nommé en 1740 officier-garde de la marine, il s'embarque le 28 avril sur l'Apollon et fait de nombreuses campagnes. En 1757, après la journée désastreuse des Cardinaux, alors qu'il est commandant de frégate, il sauve avec l'aide du chevalier de Ternay, six vaisseaux français retenus par les Anglais dans les eaux de la Vilaine. Nommé à la suite de sa brillante conduite commandant du Minotaure, il fait, en 1766, partie de l'escadre de l'amiral d'Estaings, puis prend le commandement de l'Actif, sur lequel l'amiral Duchaffault - un autre Vendéen d'illustre mémoire - avait arboré son pavillon. Il passe ensuite sur l'Orient, vaisseau de soixante-quatorze canons et s'y couvre de gloire à la fameuse bataille d'Ouessant. Promu successivement chef d'escadre (4 mai 1779), lieutenant-général et chevalier de Saint-Louis, il est en 1783, chargé par Louis XVI de l'inspection générale des ports de France, dans le but de leur appliquer un règlement uniforme ; nommé vice-amiral le 10 janvier 1792, il rejoignit bientôt les princes à Coblentz, où il se mêla aux intrigues des émigrés, prit part à la fameuse expédition de Quiberon, et mourut en Angleterre le 18 août 1808, à l'âge de 86 ans, ayant eu le tort d'oublier un moment qu'au-dessus des partis il y avait la France. Il fut enterré dans le cimetière de Saint-Gilles, à Reading, où sa belle-sœur lui fit élever une tombe.

 

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(1) Il était si faible en venant au monde, que l'on crut qu'il ne vivrait pas, lui qui devait fournir une si longue carrière, et qui fut ondoyé dans la maison paternelle dans la crainte de hâter sa fin en le transportant à l'église pour y recevoir le baptême.

 

 

LE CHEVALIER DES TOUCHES, CHEF D'ESCADRE

 

Charles-Dominique Sochet, seigneur des Touches, est né à Luçon le 7 octobre 1727. Entré dans la marine le 29 décembre 1743, il était capitaine de vaisseau en 1767, après avoir servi avec distinction sur la Gloire, le Jason, l'Alcyon, le Tigre et la Friponne. Marié le 3 juillet 1770 à Mlle Mauras d'Hervy, il demeura bientôt veuf. L'affection très grande qu'il portait au jeune fils issu de cette union, et le chagrin de s'en séparer, ne purent l'empêcher de courir à de nouveaux dangers. L'année 1775 venait d'agiter le Nouveau-Monde, et l'enthousiasme prodigieux qu'avait excité chez nous le soulèvement des Etats-Unis contre la domination tyrannique des Anglais, avait trouvé un écho puissant dans le cœur de notre vaillant compatriote. Le 27 juillet 1779, il prend, en qualité de commandant de l'Artésien de 64 canons, part au sanglant et glorieux combat d'Ouessant, où se signalèrent d'autres illustres représentants du Bas-Poitou : Duchaffault, d'Hector, de Vaugiraud.

Nommé après le combat d'Ouessant, à la tête d'une flotte de dix navires, il remplace dans les derniers mois de l'année de 1780, le chevalier de Ternay qui, à la tête d'une escadre, donnait la chasse à l'amiral anglais Cornwalis, qui avait envahi la Caroline et ravageait les côtes de la Virginie (1). Après quelques jours de mer, il court sur une flotille ennemie qui lui est signalée à l'entrée de la baie Chesapeak, coule dix bâtiments ennemis et ramène en triomphe à Newport, le vaisseau anglais le Romulus de 44 canons.

Dans l'ivresse du succès, le chevalier des Touches ne rêve rien moins que l'entière délivrance de la Virginie. Mettant à profit l'enthousiasme général, il veut attaquer l'ennemi par mer et par terre, sans lui laisser le temps de se reconnaître. Il se concerte avec le comte de Rochambeau et le général de La Fayette, qui commandaient chacun un corps de volontaires français. Il est décidé, dans un Conseil de guerre, que la flotte recevra à bord un détachement de 3.000 hommes déterminés, sous les ordres du baron de Vioménil, qui seront jetés sur les côtes de la Virginie. Le point du débarquement devait être la baie de Chesapeak.

L'escadre, après avoir louvoyé pendant plusieurs jours par un vent contraire, tombe sans s'y attendre, à une heure après midi, dans une brume épaisse, sur les lignes ennemies. L'Anglais, qui sans doute avait éventé le plan, s'était hardiment embossé à l'entrée même de la baie de Chesapeak et barrait le passage. L'amiral Arbhut présentait en bataille onze vaisseaux armés de 670 bouches à feu. Le but du chevalier des Touches était manqué ; il était impossible de songer au débarquement des volontaires sous le feu d'une si formidable artillerie. Que faire ? Prendre le large sous les yeux de l'Amérique attentive ? C'était donner à la jactance anglaise le droit de se vanter d'avoir mis en fuite notre pavillon, sans combat, avec des forces presque égales. Cette seule pensée faisait bouillonner le sang du gentilhomme poitevin, jaloux de sauver l'honneur des armes du roi de France. Il attaquera lui-même : le signal du branle-bas est donné et le feu s'ouvre sur toute la ligne. C'était le 16 mars 1781. Le combat fut acharné, terrible, manœuvres contre manœuvres, feux contre feux. Après deux heures de lutte, la plupart des vaisseaux anglais, hors d'état de résister, se traînent au large, laissant le passage libre à la flotte française. La victoire fut complète, et le débarquement opéré. C'était, depuis l'ouverture des hostilités, le premier succès marquant qui eût couronné notre pavillon. Il produisit sur l'esprit des Américains l'effet désiré en détruisant à leurs yeux le prestige de la suprématie navale des Anglais.

Les applaudissements frénétiques du Congrès américain, les ovations de tout un peuple et l'amitié particulière du grand Washington furent pour le marin du Bas-Poitou une récompense flatteuse et méritée. Mais la victoire était chèrement acquise ; plusieurs de ses vaisseaux étant endommagés, il se vit momentanément contraint de suspendre ses opérations et de rentrer à Newport pour réparer ses avaries.

Washington, enthousiasmé, conçut une telle confiance dans nos armes que, sans laisser à la flotte le temps de respirer, il adressa, le 10 avril 1781, de son quartier général de New-Windsor, au chevalier des Touches, une lettre autographe pour le presser de se concerter de nouveau avec les généraux commandants les troupes françaises et d'enlever au plus vite le fort de Penobscot, dans le Massachussetts, fort dont la garnison causait de grands ravages. Peu de jours après, les Anglais avaient quitté le pays.

Le chevalier des Touches était en veine de succès. Avant la fin de la même année 1781, il eut encore la gloire de prendre part aux opérations du siège et à la reddition de la place de New-York, en Virginie. Ce fait d'armes présenta cette particularité, que les officiers de notre marine reçurent des éloges des deux côtés à la fois. Le Congrès américain lit ériger sur la place publique de New-York une colonne triomphale et offrit à l'amiral en chef, comte de Grasse, comme témoignage de la reconnaissance publique envers la flotte française, deux canons pris sur les Anglais. En même temps, l'amiral Cornwalis rendant compte à son gouvernement des nobles procédés de nos officiers envers leurs prisonniers, écrivait :

« La délicatesse des officiers français, la part qu'ils semblaient prendre à notre triste situation, la générosité avec laquelle ils nous offrirent toutes les sommes dont nous pouvions avoir besoin, sont au dessus de toute expression et doivent servir d'exemple en pareil cas aux Anglais ». Ces dernières lignes semblaient être inspirées par une secrète prévision des événements futurs qui ne se réalisa que trop. L'année suivante une cruelle humiliation était réservée à notre pavillon. Le 12 avril 1782, une flotte française aux ordres du comte de Grasse, secondé par MM. de Verneuil et Bougainville, était, après un combat héroïque de onze heures, battue dans la mer des Grandes Antilles par l'amiral anglais Rodney. - Parmi les vaillants capitaines qui, dans cette lutte inégale, avaient poussé le devoir jusqu'à l'héroïsme se trouvait le chevalier des Touches, qui, peu de jours après son retour de captivité, recevait de la main du roi le cordon rouge de grand'croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, et le grade officiel de chef d'escadre.

L'isolement du veuvage laisse au cœur de l'homme un vide, que les enivrements de la gloire ne peuvent pas toujours remplir. Le marin épousait, en l'année 1785, à Luçon, Aimée-Prudence-Geneviève de Racedet, dame de Saint-Martin-Lars, proche parente de sa première femme. Elle même était veuve de messire Fortuné Boisson, chevalier seigneur de la Couraizière, ancien lieutenant des vaisseaux du roi. De ce mariage le chevalier des Touches n'eut point d'enfant, mais la famille Racodet était riche et se composait de neuf filles, qui étaient presque toutes mariées dans ce pays ; par cette alliance le chevalier des Touches étendait considérablement sa parenté en Bas-Poitou (2).

« Déjà avancé en âge, il ne songea point à jouir immédiatement du calme que pouvait lui offrir une douce retraite, et ne se retira point du service. Plus sensible à ce qui pouvait donner du lustre à son nom qu'aux avantages de la fortune, il demandait, le 26 février 1789, que le combat de la Chesapeak fut compris au nombre de ceux dont le pinceau d'un grand maître devait immortaliser le souvenir. En 1790 le nom du brave chef d'escadre figurait encore sur les états de la Marine. Peu après il quitta le service, et au lieu d'émigrer comme le firent presque tous les officiers de la marine appartenant au Poitou, il se retira à Luçon, ne demandant que le repos et la paix dus à ses longs et honorables services.

Quoique dès Touches n'eut pris aucune part à l'insurrection de la Vendée, la conduite de son fils devait le rendre suspect aux patriotes. Après avoir quitté les gardes françaises où il était sous-lieutenant, pour suivre les princes à l'étranger, ce jeune officier avait fait dans l'armée de Condé la campagne de 1792. Son corps ayant été licencié, il était passé en Angleterre, d'où il avait rejoint Charette dans la Vendée. Blessé dangereusement dans une affaire, aux portes de la Roche-sur-Yon (3), il avait été obligé de se cacher chez des paysans, où il avait été découvert et conduit a Nantes. Il allait y être fusillé, quand un généreux citoyen, M. Caumartin, commissaire général de l'armée, le fit entrer à l'hôpital et facilita son évasion. Repris dans le château où il avait cherché un asile, il fut encore sauvé par Caumartin, qui le confia à un honnête homme de Nantes (4). Il resta trois ans chez lui avec deux de ses cousins, MM. Grellier. Dufougeroux et de Bernon, et n'en sortit qu'au moment ou le décret d'amnistie lui permit, de se montrer en toute sécurité.

Arrêtéà Luçon, son père fut conduit à Fontenay, où son procès allait s'instruire quand la ville fut prise par les Vendéens. Il les suivit alors, cherchant dans leurs rangs un refuge contre ceux qui le poursuivaient, plutôt que prenant une part active à la guerre. Il servait en même temps de protecteur à deux de ses nièces, les demoiselles de Bernon, qui chassées de leur propriété de la Guillemandière, étaient venues, après avoir erré quelque temps sans asile, demander un périlleux abri aux royalistes. Bien qu'il n'eut aucun commandement dans l'armée, il avait pourtant voix au Conseil, car on trouve son nom dans celui qui se tint à Fougères après la désastreuse expédition d'Outre-Loire.

Il assistait à la bataille de Savenay, si fatale aux armes des Vendéens. Assez heureux pour se dérober à la poursuite des républicains, il vint avec ses deux nièces chercher un asile chez un fermier de la paroisse de Prinquiau,où Mme de Lescure était cachée. Il y tomba dangereusement malade, et après avoir reçu les secours de la religion de la main d'un prêtre qui, lui aussi, avait trouvé l'hospitalité dans le voisinage, il mourut au commencement de l'année 1794, âgé de 67 ans. Mme de La Rochejaquelein raconte qu'après avoir récompensé un domestique fidèle qui l'avait accompagnée, il lui confia cent louis pour être donnés à son fils (5). Ce dépôt fut remis entre ses mains, et elle en donna un reçu, gravé sur une feuille de plomb que l'on enterra devant témoins. Plus tard, cette somme arriva à sa destination.

Aujourd'hui le nom de des Touches est éteint, mais il conserve une place impérissable dans l'histoire de la marine. » (6)

 

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(1) La notification officielle qu'il fit de sa nomination au général américain Washington, lui valut, du liberateur des Etats-Unis, une lettre autographe des plus flatteuses conservée précieusement par la famille des Touches, ainsi que plusieurs autres autographes dont nous parlerons plus loin.

(2) Extrait en partie d'un remarquable article publié par M. Alexis des Nouhes dans la Revue de Bretagne et de Vendée (1864).

(3) Affaire du vieux manoir de la Bouchère.

(4) Il s'appelait Roulion et habitait rue Notre-Dame.

(5) Biographies vendéennes, par Merlaud, T. II, pages 347-348.

(6) Rendu à la liberté, Adrien des Touches, fils de l'amiral, épousa en 1800, au château de la Rairie près Bazoges-en-Paillers, Charlotte-Ambroise-Angélique de Sapinaud, âgée de 24 ans, l'une des trois filles du gênéral vendéen. Elle lui donna deux enfants : Adrien, né en 1801 et mort célibataire en 1825 au château de la, Rairie : avec lui s'éteignit le nom des Sochet des Touches ; Clémence des Touches, mariée vers 1823 à Gustave Majou de la Débuterie, dont de nombreux descendants existent en Vendée.

 

 

L'AMIRAL DUCHAFFAULT

 

L'amiral Duchaffault, dont le nom glorieux est porté par la caserne d'infanterie de Fontenay-le-Comte, naquit accidentellement à. Nantes, paroisse de Saint-Vincent, le 29 février 1708, alors que son père, plus tard conseiller au Parlement de Rennes, habitait la Sénardière, près Montaigu.

Allié aux familles des d'Escoubleau du Sourdis, de La Roche-Saint-André et des Herbiers-l'Etenduère, qui avaient fourni à la France d'illustres marins, le jeune bas-poitevin se sentit de bonne heure attiré vers la marine, dans laquelle il entra comme aspirant. Marié le 7 janvier 1732 à sa cousine Pélagie de La Roche-Saint-André, dont le père avait été son premier guide, Duchaffault était, 1736, enseigne de vaisseau, et en 1747, capitaine de pavillon du vaisseau Le Tonnant, de quatre-vingts canons, monté par son parent le chef d'escadre des Herbiers-l'Etenduère, lors du mémorable et sanglant combat du 25 octobre de la même année. Là, Duchaffault fit preuve d'un rare courage, et en 1756 il commandait la frégate de trente canons L'Atalante. Après un violent combat dans les eaux de la Martinique, le capitaine anglais du Warvick, vaisseau de soixante-quatre canons, fut obligé de se rendre à un simple commandant de frégate française, qui, à cette occasion, reçut de Louis XV une lettre autographe des plus flatteuses.

Devenu chef d'escadre en 1764 et après divers exploits, Duchaffault bombarde les ports de Larrache et de Salé, détruit les batteries, brûle les navires mauresques.

Douze ans après, il commande l'escadre de dix-sept bâtiments, destinée à une expédition aux îles du Vent, et au mois de février de l'année suivante, il devient lieutenant-général des armées navales de France, ayant ainsi gravi tous les degrés de la hiérarchie militaire, sans avoir rien « escaladé dans les antichambres », mais après en avoir teint tous les degrés de son sang. C'est ainsi que le 27 juillet 1778, au combat d'Ouessant, alors qu'il comptait 70 ans, il fut blessé grièvement d'une balle à l'épaule et d'un coup de feu au pied. Mais ce qui le frappa encore plus durement au cœur, il eut son fils unique, qu'il se complaisait à voir marcher sur ses traces, tué près de lui, ainsi que son neveu (1).

A la suite d'une interruption de service motivé par ses blessures, Duchaffault fut choisi pour commander provisoirement les flottes combinées de France et d'Espagne en remplacement de d'Orvillier, démissionnaire. Peu de temps après il se retirait dans ses terres de Montaigu, consacrant aux bonnes œuvres et aux travaux agricoles les dernières années d'une existence bien remplie.

La Révolution de 1789 surprit Duchaffault dans ses douces et paisibles occupations. Après s'être montré un adversaire acharné du nouveau régime, avoir dirigé lui-même la défense de Montaigu contre les républicains en septembre 1793, il fut bientôt arrêté par ordre du commandant de place Chastenet, qui le fit conduire à Nantes.

Devant Carrier, ses magnifiques états de services et aussi sa vieillesse, lui évitèrent la peine capitale. - Transféré au château de Luzançay, près de Nantes, il y mourait le 11 messidor an II (29 juin 1794), après avoir vu périr sur l'échafaud plusieurs membres de sa famille qui lui étaient le plus attachés, notamment une de ses filles, Mme veuve de L'Ecorce, dont la maison avait été pendant longtemps le lieu de réunion des commandants royalistes. Il fut inhumé dans le cimetière de Miséricorde à Nantes, et sur sa pierre tombale se lit cette inscription : A la mémoire du très haut et très puissant seigneur, Louis-Charles Duchaffault de Berné, comte Duchaffault, lieutenant-général des armées navales, grand'croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis décédé le 29 juin 1794, à l'âge de 87 ans.

 

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(1)   Auguste Duchaffault, né à Montaigu le 19 octobre 1732, marié à Aimé Jousseaume de la Bretèche. Pour plus de détails (Voir Les Echs du Bocage, n° 3 et 4 de l'année 1884.)

 

 

RENÉ DE GRIMOUARD

 

René de Grimouard naquit à Foutenay le 25 janvier 1743, dans la maison qui sert aujourd'hui de Justice de paix, et sur la porte de laquelle on a conservé son nom. Après quelques études chez les Frères de l'Oratoire de Niort il entrait à Rochefort dans la compagnie des gardes de la marine. Il monte tour à tour sur l'Inflexible et le Solitaire ; puis mettant à profit les loisirs que crée à la marine la paix humiliante signée par Louis XV avec l'Angleterre, il prend avec les Jean Bougner, Bordé de Villesmet, Charles Borda, etc., part à ce mouvement intellectuel qui devait faire de nos officiers de marine des hommes d'une distinction et d'un talent rares....

La guerre venait d'éclater avec l'Angleterre : le 17 septembre, de Grimouard, qui commande la frégate La Minerve, livre au navire anglais le Belkowi un combat terrible, dont l'issue était l'incendie de ce beau bâtiment chargé d'une riche cargaison. Un mois après il s'empare de la Debora, puis de trois autres petits bateaux ennemis. Assailli le 1er janvier 1781 par deux vaisseaux anglais de 74 canons : le Courageux et le Vaillant, Grimouard, monté à bord de la Minerve, et grièvement blessé, n'amène son pavillon qu'après avoir perdu la moitié de son équipage.

Rendu à la liberté, il monte le 16 janvier 1782, en qualité de second, le Magnifique, qui, grâce à lui, peut échapper au désastre infligé entre la Dominique et les Saintes à la division navale du comte de Grasse par l'amiral Rodney. Le 17 octobre de la même année, croisant dans les parages des Antilles, à bord du Scipion, il rencontre une division anglaise. Malgré la disproportion des forces, de Grimouard offre le combat, et, après une lutte acharnée et victorieuse, son vaisseau, qui doublait la pointe d'Icagne, vint se briser sur un rocher qu'aucune carte ne signalait. Quoique blessé pendant l'action, Grimouard procéda au sauvetage de son équipage et voulut sortir le dernier de son vaisseau. Ce combat héroïque fut à bon droit considéré en France et aux Antilles comme un triomphe, et à Saint-Domingue, où dix ans plus tard, il devait être couvert de huées, de Grimouard fut reçu aux acclamations d'une population en délire.

Après quelques mois de repos auprès de sa femme, Catherine de Turpin et de ses enfants, il va en 1788, prendre le commandement de la station française des côtes d'Afrique. C'est la que la Révolution le trouva, et c'est à Saint-Domingue qu'à la suite de conflits de races, il fut abreuvé d'injures imméritées. Le gouvernement sut rendre justice au vaillant marin qui, le 18 juillet 1792, était nommé contre-amiral. Le 10 août la monarchie s'écroulait, et avec elle finissait pour ainsi dire la carrière militaire de Grimouard qui, au mois de janvier 1794, était destitué de son emploi par mesure de sûreté générale., Le 9 février 1794, le brave marin, qui méritait une récompense nationale pour sa belle conduite, était condamné à mort comme traître à sa patrie et exécuté le lendemain (1).

 

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(1) Deux tableaux représentant les combats de la Minerve et du Scipion sont .aujourd'hui au ministère de la marine. Des copies de ces tableaux existent aussi dans les galeries historiques de Versailles et à la Loge, chez les Grimouard de Saint-Laurent. Un de ses arrière-petits-fils par les femmes, Régis de Brem, se distingua en 1881, au siège de Sfax, en dirigeant les torpilleurs.

 

 

DE VAUGIRAUD DE ROSNY

 

De Vaugiraud de Rosny, autre marin fameux, né aux Sables-d'Olonne en 1740, prenait, dès 1756, part à l'attaque du Greenwich. Lieutenant de vaisseau en 1773, et chevalier de Saint-Louis, il se trouve à la bataille d'Ouessant à bord de la Couronne, commandée par Duchaffault, et quand ce brave chef d'escadre, atteint à l'épaule d'un coup de mitraille qui met ses jours en danger, tombe à côté de son fils mortellement blessé, c'est à Vaugiraud qu'il remet le commandement de son vaisseau.

Après avoir servi comme major en second, sous les ordres de d'Orvilliers, le héros d'Ouessant, de Vaugiraud, est nommé major général et capitaine de vaisseau dans la flotte qui, sous Duchaffault, devait se couvrir de gloire en Amérique. Par son sang-froid, il sauve d'une destruction certaine l'Intrépide, à bord duquel avait pris le feu. Il suit le comte de Grasse, et à la malheureuse affaire de Saint-Domingue, il est avec son chef fait prisonnier par les Anglais, non sans avoir coinbattu avec la plus grande bravoure. Ce ne fut qu'après avoir épuisé toutes ses munitions, qu'entouré de dix vaisseaux ennemis et ne comptant plus que quelques hommes debout, que la Ville de Paris fut obligée d'abaisser son pavillon. Après la paix, de Vaugiraud vint pendant quelque temps se reposer dans son magnifique château des Granges-Cathus ; puis il fut chargé d'établir sur les côtes de Terre-Neuve une croisière, au cours de laquelle il fit preuve d'une grande énergie vis-à-vis d'un commandant anglais.

Après la prise de la Bastille, il refuse à Saint-Pierre-de-Miquelon d'arborer la cocarde tricolore qu'on voulait lui imposer par la force, mais qu'il acceptera plus tard de bonne grâce au Fort-Royal, pour éviter des ennuis à M. de Vioménil. Arrivé à l'île d'Aix le 6 mars 1790, de Vaugiraud recula devant les exigences populaires, et vint se retirer en Vendée au soulèvement de laquelle il ne fut point étranger. Il était à la Proutière quand l'incendie dévora le château de son voisin le baron de Lézardière. Il fit plus tard l'expédition de Quiberon, accompagna le comte d'Artois à l'île d'Yeu et ne rentra en France qu'avec Louis XVIII qui, le 13 juin 1814, le nommait vice-amiral, grand-croix de l'ordre de Saint-Louis et gouverneur de la Martinique, où il était remplacé en 1818. Blessé dans son amour-propre et dans sa dignité, il succombait à Paris le 13 mai 1819.

 

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LE CHEVALIER DE LA COUDRAYE

 

Le chevalier de la Coudraye, né le 25 mai 1743, à Fontenay, dont son père était gouverneur, se distingua d'abord dans la marine. Dès 1764, il était reçu membre de l'Académie royale de marine, à laquelle, en 1770, il adressait les quatre premiers fascicules d'un dictionnaire ayant trait aux choses de la mer, et en 1778 il publiait La Théorie des Vents.

En 1780, il abandonne le service pour se consacrer exclusivement aux sciences, et fait imprimer successivement un mémoire sur le Régime Végétal des gens de mer (1781) et la Théorie des Ondes qui lui ouvre les portes de plusieurs académies étrangères.

Au mois d'avril 1787, devenu le collègue de Robespierre, à l'Académie des belles-lettres d'Arras, il publie un mémoire intitulé Observations sur l'histoire naturelle des Sables-d'Olonne. Successivement délégué de l'élection de Fontenay (1787), puis membre de la Constituante où il se fait remarquer par des aptitudes et une grande compétence dans les questions intéressant la marine, il avait, le 11 décembre 1790, la grande satisfaction de voir un décret réglementer, suivant ses vœux, l'organisation des gens de mer.

Mécontent de la tournure des événements politiques, il rentre en Vendée aussitôt la fuite du roi et se mêle à tous les complots qui s'y ourdissent. Au plus fort de la Terreur il se sauve en Suède ; en 1812, il devient colonel de la marine russe, membre honoraire de l'amirauté à ce département et sujet de l'empereur de Russie : il avait alors 67 ans. - Cette même année, il abjure entre les mains du général des jésuites, à Saint-Pétersbourg, les erreurs religieuses et philosophiques dont il se reconnaissait coupable. Il mourut en 1817.

 

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LA RÉVEILLIÈRE-LEPEAUX

 

La Réveillière-Lepaux naquit à Montaigu, le 24 août 1753, la même année que l'auteur de la Théorie des Lois de la Monarchie française ; singulier rapprochement de deux vies si différentes dans leurs aspirations et dans les voies qu'elles ont parcourues. Ses premières années, confiées à un ecclésiastique brutal, l'abbé Payraudeau, curé de Saint-Nicolas-de-Montaigu, ne furent pas heureuses ; les mauvais traitements finirent par altérer sa santé, et son épine dorsale se dévia. - Envoyé en 1775 à Paris, par sa famille, qui en voulait faire un avocat, il ne tarda pas à quitter le barreau pour les sciences, et peu de temps après son mariage avec Mlle Boylande Chandoiseau, il professa la botanique à Angers, où la Révolution le trouva pour en faire un député à la Constituante. Là, il se fit remarquer par l'énergie et le radicalisme de ses convictions, et toutes les mesures populaires et républicaines trouvèrent en lui un chaud apologiste. A la Convention, il se montra patriote et ami des Girondins. Il fit formuler, en réponse au manifeste de Brunswich, le décret de Propagande armée, déploya le 11 mars 1793, en face de Danton, une vigueur qui retarda de quelques jours la chute des Girondins, et n'échappa que par miracle à la proscription.

Au cri de : « Au tribunal révolutionnaire ! » poussé par la Montagne en furie, La Réveillière-Lepeaux avait répondu : « Ne vous gênez pas un crime de plus ou de moins ne doit pas vous coûter beaucoup ! » On allait voter, quand la voix d'un homme qui, sans doute, voulait le sauver, s'éleva du milieu de la Montagne et fit entendre ces paroles grossières : « Eh ! ne voyez-vous pas que le b... va crever ! Il ne vaut pas le coup. - Eh bien ! crève donc tout seul ! » crièrent d'autres voix. Reparaissant après le 9 thermidor, il combattit les Terroristes, fut envoyé au Conseil des Anciens, et prit part à la rédaction de la Constitution de l'an III. Elu membre du Directoire dès sa création (1795), il fit partie de la majorité qui fit le coup d'Etat du 18 fructidor et donna sa démission au 30 prairial. La Réveillière-Lepeaux avait imaginé une espèce de religion nouvelle, dont le déisme faisait le fonds, qu'il appelait Théophilanthropie : ce projet fut mis un instant à exécution en 1797, mais il eut peu de succès ; le nouveau culte tomba bientôt sous les coups du ridicule.

 

 

BARRÉ. - D'après une photographie de M. Auguste Douillard, de Montaigu.

 

Dès le 30 prairial, La Réveillière-Lepeaux s'effaça complètement de la scène politique et l'empire ne trouva pas en lui un flatteur : il refusa de prêter serment à l'Empereur en sa qualité de membre de l'Institut et n'accepta ni pension, ni fonction du gouvernement impérial à aucune époque. - Après les Cent jours, il revint en Vendée, pour y saluer la terre natale encore une fois avant de mourir et y présenter son fils Ossian à tous ses parents et amis. Le 27 mars 1824, La Réveillière-Lepeaux, atteint d'une affection chronique de lapoitrine, s'éteignait doucement en disant à ceux qui l'entouraient : « Au revoir ».

Avant de mourir il avait, de 1819 à 1823, dicté les mémoires de sa vie privée et publique à son fils Ossian, qui les a fait imprimer à Paris, par Claye, et éditer par Hetzel, 3 volumes in-8e (1873). Ce devoir filial rempli, Ossian s'éteignait le 28 septembre 1876, à Thouarcé (Maine-et-Loire) à l'âge de 80 ans. - Le 14 juin 1886, la ville de Montaigu inaugurait sur une de ses places publiques le buste d'un de ses enfants les plus marquants (1).

 

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(1) La liste des ouvrages de La Réveillière a été publiêe par Dugast-Matifeux, dans une notice parue en 1886, chez Hetzel, plaquette in-8° de 32 pages. - Voir la Biograpéie de La Réveillière-Lepeaux dans Merland. Tonie III, pages 311 à 387.

 

 

BONAMY

 

Né à Maillezais en 1764, maître des eaux et forêts à Fontenay, en 1790, Bonamy s'engage comme simple volontaire dans l'armée de La Fayette. Fait sous-lieutenant de cavalerie en 1792, il assiste aux batailles de Valmy et de Nerwinde et à la prise de Namur.

Après avoir servi avec distinction sous les ordres de Kléber, puis ensuite sous Marceau, qui tomba près de lui sur le champ de bataille, il fut, en 1798, envoyé près de Championnet, commandant de l'armée de Rome, dont il fut le chef d'état-major. Disgracié après la campagne d'Italie, il se retire là la Flocellière, dont il devint maire et qu'il ne cessa d'habiter jusqu'en 1811. Rentré en grâce auprès de l'Empereur, auquel il avait présenté une députation de Vendéens, Bonamy fut autorisé à rejoindre ses anciens compagnons d'armes. Bien que général de brigade, Bonamy n'avait même pas la décoration de la Légion d'honneur quand il fit la campagne de 1812 : « Qu'il la gagne de nouveau, » avait répondu l'Empereur à ceux qui faisaient valoir ses droits à cette distinction. - « Il faut donc qu'il se fasse tuer, avaient répondu ceux-ci ? »Attaché au corps d'armée de Davoust, Bonamy se distingua devant Smolensk, mais ce fut surtout à la Moskowa qu'il s'illustra par la prise d'assaut de la grande redoute, l'un des plus beaux faits d'armes de cette campagne, raconté avec force éloges par Thiers. Après une captivité de 22 mois en Russie, Bonamy ne rentra en France que le 17 août 1814. Louis XVIII le nomma lieutenant-général, mais sans l'employer. Après le retour de l'île d'Elbe, Bonamy assista au Champ de Mai, et le 4 juillet suivant fut chargé par le ministre de la guerre Davoust, de conduire derrière la Loire, les dépôts et les magasins de l'armée. Il y réussit et la France lui en dut la conservation. Son quartier général était à Poitiers, lorsque le duc et la duchesse d'Angoulême y passèrent. La ville et les campagnes environnantes étaient encombrées de soldats blessés, mécontents, privés de tout, irrités de leurs revers et plus que jamais attachés à la personne de l'Empereur. Leur attitude fit craindre pour la suite du prince et de la princesse ; cependant aucun conflit n'eut lieu, grâce à la prudence et à la fermeté du général Bonamy.

Rentré après ces événements à la Flocellière, il y mourut le 7 août 1830, âgé de 66 ans, en laissant un fils et une fille mariée au colonel Alquier, fils de l'ambassadeur.

 

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ALQUIER

 

Charles Alquier, né à Talmont le 13 octobre 1752, d'une famille originaire de la Flocellière, était maire de La Rochelle, lorsqu'il fut, en 1789, nommé député aux Etats-Généraux, puis président du tribunal criminel du département de Seine-et-Oise, qui l'envoya à la Convention, où il vota la mort de Louis XVI, à la condition que l'exécution serait ajournée à la paix générale. Nommé secrétaire du Conseil des Anciens, le 21 mars 1795, il fut, en 1801, appelé à l'Ambassade de Florence et de Naples. En 1806, il remplaça le cardinal Fesch à Rome, où il rencontra toutes sortes de difficultés.

Napoléon, qui ne pouvait souffrir de résistance, rappela son ambassadeur : « Vous êtes un dévot, M. Alquier, lui dit-il à son arrivée à Paris ; vous avez voulu gagner des indulgences à Rome ». « Sire, répondit le spirituel et souple diplomate, je n'ai jamais eu besoin que de la vôtre ».

En effet, Napoléon ne lui garda pas rigueur et l'envoya, deux ans après, en Suède et en Danemark. Le succès fut complet : le Danemark resta fidèle à la politique de l'Empereur jusqu'à sa chute, et Alquier, rappelé en 1814 par Louis XVIII, partit comblé de présents par Frédéric VI. La loi du 12 janvier 1816 contre les régicides, l'ayant obligé de quitter la France, il se fixa à Vilvorde, en Belgique, jusqu'en 1818, époque où, sur les pressantes sollicitations de Boissy d'Anglas, son ami et collègue à la Convention, devenu pair de France, les portes de la patrie lui furent rouvertes.

A partir de ce moment, Alquier vécut dans la retraite à Versailles, où il mourut le 4 février 1826. Homme distingué et d'esprit cultivé, Alquier fut un des ambassadeurs les plus remarquables de son temps, et suivant ses contemporains, plus d'un mot attribué à Talleyrand serait de lui. 

 

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Mademoiselle MARIE-CHARLOTTE-PAULINE DE LÉZARDIÈRE

 

Mademoiselle Marie-Charlotte de Lézardière naquit au château de La Vérie, commune de Challans, le 25 mars 1754, d'une famille noble et distinguée. Elle avait eu pour trisaïeul maternel le fameux Gabriel de Châteaubriant, seigneur des Roches-Baritaud, le vainqueur de Soubise. Son père, Jacques-Gilbert-Robert de Lézardière, ami de Malesherbes, de Turgot et de Vergennes, était un homme fort instruit, sous la direction duquel la jeune Charlotte fit, dans l'étude des lettres, de la géographie et de l'histoire de France surtout, de rapides progrès. - Indifférente aux jeux de son âge et aux frivolités de son sexe, elle se livrait avec une ardeur peu commune à la lecture des anciens monuments historiques, que renfermait la précieuse bibliothèque du château paternel, et s'occupait avec délices des formules de Marculphe, des Capitulaires et des lois des peuples barbares.

En 1776, la, famille de Lézardière abandonnait le château de la Vérie pour s'établir dans celui de la Proustière, dont le nom devait, 45 ans plus tard, acquérir une certaine notoriété lors des premiers troubles de la Vendée.

C'était le temps où les institutions monarchiques, chancelantes de vétusté, étaient devenues un objet d'examen. Boulainvilliers, Montesquieu, Dubos, de Mably, etc., s'étaient tour à tour engagés avec plus ou moins de succès dans le labyrinthe de nos origines. Il était réservé à notre jeune compatriote de saisir mieux que tout autre, le fil destiné à la guider à travers les détours les plus obscurs du dédale. Soutenue par l'ambition justifiée de combler une lacune laissée à regret dans le livre de l'Esprit des Lois elle voulut composer la théorie de nos lois politiques que Montesquieu n'avait pu joindre à sa théorie des lois civiles.

« Ses parents, effrayés de la difficulté et de l'immensité d'une semblable tâche, combattirent d'abord son projet ; elle triompha bientôt de leur opposition, et reléguée dans le repos de la province, ignorée du monde, elle put, sans entraves, se livrer au génie qui l'inspirait, consacrer ses plus belles années à satisfaire son irrésistible penchant pour les travaux historiques, et jeter les bases de son ouvrage » (1).

Les essais de cet ouvrage dressé avec art, divisé en trois parties la première appelée Discours qui est l'ouvrage lui-même ; - la deuxième nommée Sommaire des preuves où l'énumération des pièces justificatives, et l'indication des Preuves que contient la troisième, furent confiés par son père à M. de Malesherbes, son plus intime ami. Celui-ci les communiqua à M. de Brecquigny, au duc de Nivernais, à Dom Périer, nommé plus tard censeur de l'ouvrage, et à d'autres hommes éclairés qui, tous, attachèrent à ce travail une grande importance, encouragèrent l'auteur à le poursuivre, et mirent à sa disposition les documents qu'ils possédaient. Grâce à leur entremise, M. d'Ormesson envoya à la jeune savante plusieurs livres de la bibliothèque du roi ; les bénédictins de Poitiers ouvrirent également leurs trésors, et adressèrent à la Proustière les ouvrages les plus spéciaux.

« Enhardie par ces suffrages, et surtout par l'approbation et les conseils de Brecquigny, qui ne pouvait se défendre d'une sorte d'enthousiasme en voyant dans une femme une maturité de jugement et une portée d'esprit qui se rencontrent rarement chez les hommes, Mlle de Lézardière poursuivit laborieusement son œuvre et termina les deux premières époques, qui s'arrêtent à la fin du règne de Charles-le-Chauve, en 877. En les livrant à l'impression, elle annonça dans sa préface, comme étant presque achevée, la troisième partie, qui devait exposer les modifications et la tradition du droit public de la monarchie, depuis la division de l'ancien empire franc jusqu'au règne de Philippe-le-Bel.

La destinée de ce livre eut quelque chose de triste ; fruits de longues années de travail, il fut, durant ce temps, l'objet d'une attente flatteuse dans la science et dans la société. M. de Malesherbes en suivait les progrès avec une sollicitude mêlée d'admiration ; tout semblait promettre à l'auteur un grand succès et de la gloire ; mais la publication fut trop tardive et les événements n'attendirent pas. La Théorie des Lois politiques de la Monarchie française s'imprimait en 1791, et elle était sur le point de paraître lorsque la monarchie fut détruite. Séquestré par prudence durant les troubles de la Révolution, l'ouvrage promis depuis tant d'années ne vit le jour qu'en 1801, au milieu d'un monde nouveau, bien loin de l'époque et des hommes pour lesquels il avait été composé (2) ».

Le malheur de ce grand travail - nous venons de le dire - fut d'arriver à son terme au moment où l'ancienne monarchie s'affaissait ; et si la Révolution eût été moins passionnée, peut-être eût-elle accueilli avec reconnaissance un ouvrage aussi propre à lui retracer les constitutions primitives de la patrie.

Examinons maintenant les jugements qui ont été portés sur la manière dont Mlle de Lézardière a rempli le cadre qu'elle s'était tracé pour renverser les traditions universellement admises jusqu'à elle.

Dom Périer, membre de l'Académie des belles-lettres, chargé de l'examen du manuscrit, s'exprime ainsi dans son attestation du 31 mars 1791 : « Cet ouvrage, l'un des plus savants et le plus méthodique que l'on ait composés sur le sujet annoncé par le titre, est le fruit d'environ 20 années de recherches immenses et d'un travail assidu... Le style en est simple, clair et tel qu'il convient à un sujet qui n'en exige point d'autre... C'est un vrai phénomène au milieu de tant de productions frivoles et de livres superficiels dont notre littérature est surchargée ; phénomène littéraire qui paraîtra encore plus surprenant, lorsque l'auteur aura jugé à propos de se faire connaître.

« On ne peut que louer l'auteur, dit-il enfin, de n'avoir point adopté les préjugés de ses devanciers ; mais elle-même n'a pu se défendre de l'esprit de système, et le sien, pour différer des autres, n'en est pas moins exclusif. »

M. de Savigny attaque sur quelques points l'opinion de Mlle de Lézardière, qu'il prétend être tombée dans diverses méprises, sur la nature des institutions romaines. « Cette critique fut-elle fondée (ce qu'il ne faut pas admettre superficiellement), quel savoir encore dans une femme pour traiter de pareilles questions avec tant d'habileté, avec une aussi incontestable supériorité (3) ! »

M. Augustin Thierry (4), après avoir condamné le système, qu'il ne trouve pas toujours fondé sur l'ensemble et l'intégrité des monuments historiques, reconnaît que l'ouvrage, plus savamment et plus fortement motivé que ceux des auteurs qui l'avaient précédé, est digne de gagner le suffrage des esprits les plus sérieux, et il ajoute :

« Si Mlle de Lézardière, livrée à l'étude exclusive des documents législatifs séparés de l'histoire elle-même, oublie les règles de la méthode historique pour se livrer à un travail tout spéculatif, où la chronologie ne joue aucun rôle, ce travail est complet, ingénieux, sauvent plein de sagacité. Elle est douée d'une remarquable puissance d'analyse ; elle cherche et pose toutes les questions importantes et ne les abandonne qu'après avoir épuisé les textes qui s'y rapportent. »

 

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Enfin, il est avéré que M. Guizot a beaucoup emprunté à Mlle de Lézardière, dans ses Essais sur l'Histoire de France, M. Jourdan fournit, à l'époque où ils parurent, des preuves d'imitations nombreuses ; et, après avoir signalé une erreur dans laquelle est tombé l'habile professeur en parlant des décurions, le critique ajoute « Pourquoi M. Guizot a-t-il abandonné pour cette fois son guide accoutumé ? »

« Ce passage n'est-il pas la preuve de l'estime que portent à l'auteur de la Théorie des Lois politiques ces deux derniers écrivains ? »

La Théorie des lois politiques de la monarchie française était divisée en trois Epoques ; - avant Clovis, - de Clovis à Charles-le-Chauve, - de celui-ci à Saint Louis. - Les deux premières seulement furent imprimées en 1791 et publiées sans nom d'auteur. Les préoccupations d'alors en empêchèrent le débit, et le magasin où l'édition entière était en dépôt, fut pillé. La famille de Lézardière, de son côté, souffrit cruellement de la Révolution. Le château de la Proustière fut incendié deux ans avant l'insurrection vendéenne, et au moment même où l'ouvrage voyait le jour, les livres du château, les documents prêtés par la bibliothèque nationale et par le couvent bénédictin de Poitiers furent dévorés par les flammes. La famille se dispersa après cet événement. Deux frères de notre auteur furent condamnés par les tribunaux révolutionnaires, et un troisième, prêtre, fut compris dans le massacre des Carmes. Le baron de Lézardière, qui n'avait pas émigré, se trouva néanmoins inscrit sur la liste fatale, et fut obligé de se réfugier à l'étranger. Melle de Lézardière erra sur le sol français, emportant avec elle un exemplaire de son ouvrage imprimé, et le manuscrit inédit contenant la troisième Époque.

Elle revint en 1801, avec deux de ses frères qui avaient survécu, s'établir à la Proustière, sous un toit modeste, relevé avec les débris de l'incendie, et qui depuis la reconstruction du château sert de remise. Elle y a passé le reste de sa vie jusqu'en 1835, dans cette intimité douce et distinguée qui, de temps immémorial, a été le partage de la famille de Lézardière. Comme l'a fait observer un spirituel biographe de Mlle de Lézardière. M. Oscar Pinard (5), on ne pourrait citer aucun auteur de quelque renom qui se soit autant survécu que celui de la Théorie des lois politiques. Lorsqu'elle vit le résultat de tant de travaux foulés aux pieds par la Révolution, elle était âgée de 37 ans, c'est-à dire dans la force de l'âge et du talent. Dix ans plus tard, elle n'avait certainement rien perdu de ses facultés ; mais, au lieu de rentrer dans la lutte, elle accepta l'oubli auquel les événements semblaient la condamner et quand l'auteur du Dictionnaire des Anonymes la déclara décédée en 1814. elle ne réclama pas plus contre son assertion que contre l'injustice révolutionnaire. Elle remit à Dieu et au temps le soin de la juger. Le jour de la justice se leva en effet, mais par des lueurs tardives et lointaines. L'un des rares exemplaires échappés au pillage avait passé la frontière, et était allé, en Allemagne, aux mains de l'auteur de l'Histoire du droit romain pendant le moyen-âge, M. de Savigny. Le savant professeur prussien, après avoir passé en revue les travaux historiques de Dubos, de du Buat, de Mably et de Moreau, déclara le plan et l'exécution du livre de Mlle de Lézardière, comme étant sans contredit plus profond et plus conforme aux sources que ceux des ouvrages précédents.

C'était, depuis les voix éteintes de MM. de Malesherbes, de Brecquigny et de Dom Périer, le premier hommage rendu à un noble travail, et cet hommage avait dû venir de l'étranger ! L'Atlas historique de Lesage répéta le nom de Melle de Lézardière. MM. Guizot et Augustin Thierry apprirent par l'ouvrage de Savigny, l'existence de celui de notre compatriote. Ils le recherchèrent, le lurent et l'apprécièrent (6). L'école de ces deux célèbres historiens publicistes, loin de renier le passé de la patrie, comme l'avait fait celle de la Révolution, s'appliquait au contraire à rechercher dans la France d'autrefois les titres de celle d'aujourd'hui, et à relier l'une à l'autre comme la conséquence à ses prémices. Ils résolurent d'arracher la Théorie des lois politiques à l'oubli dont l'avait recouvert le malheur des circonstances.

Mlle de Lézardière venait de descendre dans la tombe. Des ouvertures furent faites à sa famille par les hommes illustres dont nous venons de parler.

Un de ses frères, le Vicomte Charles, député de la Vendée en 1823, avec qui elle avait passé sa vie depuis 1801, se chargea de répondre à l'appel si honorablement adressé par M. Guizot, alors ministre de l'instruction publique. Il dirigea. la nouvelle édition et la compléta par la troisième Epoque restée inédite. L'ouvrage, formant quatre volumes in-8°, fut imprimé sans luxe, mais avec le mérite préférable que portent avec elles les presses si renommées de la maison Crapelet. Il parut en 1844, alors que d'autres travaux, fruits de savantes recherches, s'efforçaient également de porter la lumière sur nos origines. Ces études peuvent différer par les nuances, mais toutes s'accordent sur le fond. La thèse, devenue irrécusable par un tel concours, est toujours celle-ci : Les Français furent libres a leur origine, mais dans la marche des événements et de la civilisation, ils ont vu, par un singulier retour, leurs libertés politiques se restreindre au lieu de se développer. Sous Clovis, sous Charlemagne, ils furent libres et barbares ; sous le règne de Louis XIV ils avaient acquis tout l'éclat de la civilisation et perdu toute trace de liberté primitive (7). »

En résumé, comme le dit si justement M. Mourain de Sourdeval, dans son travail sur Melle de Lézardière et auquel nous avons fait de nombreux emprunts : « Si vous voulez connaître à fond les ressorts qui successivement ont fait mouvoir notre nation, lisez l'ouvrage de Melle de Lézardière ; il n'y a pas de meilleur guide jusqu'au règne de saint Louis, et après ce grand prince, qui apparaît comme le point de partage entre l'âge féodal et l'âge administratif, lisez l'histoire du Tiers-Etat par M. Augustin Thierry, et une histoire de l'Administration par M. Cheruel. Vous aurez de la sorte une histoire complète de la constitution française. L'ouvrage de Melle de Lézardière n'est pas un simple tableau dont l'effet dépend du jour sous lequel il est placé, de l'emploi des couleurs, ou dont le mérite provienne de l'imagination de l'auteur ; c'est plutôt un édifice élevé par un architecte habile, sur une base solide, et construit avec des matériaux également bien choisis, taillés, appareillés et cimentés. Cet édifice peut-être vu de toute face. Sans doute, il a ses défauts comme toute œuvre humaine, mais ces imperfections ne compromettent ni sa solidité, ni le mérite de son plan ou de son exécution. Il est peu de livres autant que celui-là en état de lutter contre les injures du temps, et de rester intact devant les progrès de l'avenir. Il a été écrit au fond de notre province, il a pris rang parmi les titres les plus complets et les plus authentiques de la patrie ; il en est un immortel pour le sol vendéen (8) ».

 

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(1) Histoire littéraire du Poitou. (Dreux- Duradier).

(2) Augustin Téierry. - Introduction des Récits Mérovingiens.

(3) M. de La Fontenelle de Vaudoré, à qui cette dernière phrase est empruntée, a payé à Mlle de Lézardière son tribut d'éloges dans un article publié en 1835, dans la Revue de l'Ouest, pour annoncer Ia mort de cette célèbre bas-poitevine. Histoire Littéraire du Poitou. - Dreux-Duradier, p.,653.

(4) Loc. jam. cit,.

(5) La notice trés intéressante de M. Oscar Pinard sur Mlle de Lézardière fait partie d'un volume de cet auteur intitulê : L'histoire à l'audience ; elle a êté reproduits par le Publicateur, journal de la Vendée, les 2 et 9 septembre 1849. Une autre notice sur notre auteur, par le comte de Lastic Saint-Jal, est insérée au Bulletin de la société de Statistique des Deux-Sèvres 1842, p. 126.

(6) Voir l'avant-propos des Récits des temps mérovingiens, par M. Augustin Thierry.

(7) Annuaire, Société d'Émulation de la Vendée, pp. 181-84 et 193.

(8) Annuaire, Société d'Émulation de la Vendée, pp. 181-84 et 193.

 

 

LE CARDINAL DE LA FARE

 

Le cardinal de La Fare (Anne-Louis-Henri), naquit au château de Bessay le 9 septembre 1752. Il était le fils de Dominique de la Fare, ancien officier de cavalerie au régiment de Chabrillant, et de Gabrielle Gazeau de Champagné, héritière par sa mère de la branche aînée des Bessay. - Après de brillantes études au collège Louis-le-Grand, il fut ordonné prêtre, et à 26 ans nommé vicaire général de Dijon, grâce un peu à la recommandation de son parent le cardinal de Bernis.

Successivement nommé élu général du clergé de la province de Bourgogne (1782-1787), membre de l'Assemblée des notables qui se réunit à Versailles le 22 février 1787, il était le 7 octobre appelé à l'évêché de Nancy, et c'est en cette dernière qualité qu'il fit partie des Etats-Généraux. Ce fut lui qui, au milieu des applaudissements unanimes des trois ordres, prononça le discours d'ouverture. Après avoir, au 4 août 1789, fait preuve d'un grand désintéressement, il fut le 25 septembre de la même année élu un des secrétaires de l'Assemblée. La Constitution civile du clergé trouva en lui un adversaire résolu, qui devant les clameurs de la foule et les dangers qui naissaient sous ses pas, dut se réfugier près l'Archevêque de Trèves et de là à Vienne (Autriche).

Attaché en 1795 à la fille de Louis XVI, en qualité d'aumônier, ce fut lui qui négocia son mariage avec le duc d'Angoulême. - Au retour des Bourbons, il fut en 1814 chargé de faire exhumer de l'ancien cimetière de la Madeleine et transporter à Saint-Denis les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette. - En 1820 il était appelé à l'archevêché de Sens, et en 1822, élevé à la dignité de pair de France; et c'est en cette qualité qu'il prononça, le 25 février 1823, L'éloge funèbre du comte de Bernis, archevêque de Rouen, dont il était l'obligé, le parent, le condisciple et l'ami. Le 20 juin de cette même année, il recevait la barrette cardinalice ; le 26 août 1824, il était nommé ministre d'Etat et membre du Conseil privé.

Le 29 mars 1825, dans la cathédrale de Reims, il prononçait à l'occasion du sacre de Charles X, un grand discours religieux, dont il prit pour texte, ces mots appropriés à la circonstance :

« Spiritus Domini super, me quod, Dominus unxerit me ». - Il mourut le 11 décembre 1829, au retour d'un voyage à Rome, et fut inhumé à Sens, dans le caveau destiné à recevoir la dépouille mortelle des archevêques.

 

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CAVOLEAU

 

Cavoleau, né à Légé, département de la Loire-Inférieure, le 3 avril 1754, était au moment de la Révolution, curé de la paroisse de Péault, près Luçon. Tout en se vouant à l'éducation morale et religieuse de la population qui lui était confiée, il comprit qu'il devait encore travailler de tous ses efforts à l'associer au mouvement de la civilisation et aux améliorations matérielles, et c'est dans cette pensée que, l'un des premiers, il conçut et réalisa au milieu de la Vendée, le projet de ces fermes-modèles, qui, de nos jours, rendent tant de services à l'agriculture.

Mais pendant que le prêtre-laboureur se livrait dans le calme et la retraite à ses utiles et paisibles occupations, les vieilles institutions de la monarchie disparaissaient chaque jour, et déjà se formait à l'horizon l'orage qui devait modifier de fond en comble la vieille organisation politique et administrative de la France. - A peine le département de la Vendée avait-il été créé, que le 9 novembre 1790, le Directoire ordonnait à Péault, l'établissement d'une bergerie-modèle, dont était nommé directeur Cavoleau, qui, ayant prêté serment à la Constitution civile du clergé, allait devenir bientôt vicaire-général de l'évêque constitutionnel de la Vendée, puis à la fin de 1792, membre et président du Conseil général du même département. Et c'est dans ces fonctions qu'il se révéla un administrateur remarquable, en sauvant de la famine les populations de notre malheureux pays, et un courageux citoyen, en résistant seul à une bande de forcenés, qui, dans la salle de l'Union-Chrétienne de Fontenay-le-Comte, voulaient massacrer quatre-vingts ecclésiastiques destinés à l'exil.

Lorsque la tempête révolutionnaire s'apaisa, Cavoleau devint successivement membre du Jury de l'Instruction publique, professeur d'histoire naturelle à l'école centrale de Luçon, puis secrétaire général du département, poste qu'il occupa jusqu'au retour des Bourbons.

De 1800 à 1814, il s'occupa de l'organisation syndicale des marais, en étudia l'histoire depuis les temps les plus reculés, se pénétra du mécanisme de leur administration, en signala les abus et les fit réformer. On lui doit spécialement les décrets impériaux qui ont organisé la société des travaux de desséchement des marais du Petit-Poitou et qui ont arrêté les usurpations dans le vaste communal de Benet. Il fut aussi associé à toutes les études du célèbre inspecteur-général de Prony, ayant pour but de créer une navigation intérieure pour le département. Fondateur d'un Journal politique et littéraire, qui eut de nombreux lecteurs, il fit paraître des Annuaires remarquables, publia une fort intéressante Statistique du département de la Vendée, qui révèle une connaissance approfondie du pays, et qui obtint une mention honorable de l'Institut. - Mais l'esprit de parti est aveugle dans les réactions politiques, tous les services sont oubliés et tous les droits méconnus. Cavoleau fut destitué. - Après avoir, grâce à M. de Barante, ancien préfet de la Vendée, qui avait su l'apprécier, rempli pendant quelque temps les fonctions de conseil pour les affaires contentieuses de l'administration des contributions indirectes, Cavoleau se retira chez un de ses amis de Fontenay, où il mourut en 1839, dans un état voisin de l'indigence, car il avait au plus haut degré les deux premières vertus des hommes public : la probité et le désintéressement.

Cavoleau, qui a travaillé jusqu'aux derniers moments de sa vie, était membre de la Société académique de Nantes, des Sociétés d'agriculture, philomathique et d'horticulture de Paris, des Sociétés d'agriculture de Niort, de La Rochelle, de Poitiers et de plusieurs autres sociétés savantes.

Une pierre tombale en granit, érigée il y a quelque trois ans, au cimetière de N.-D., par les soins de la municipalité de Fontenay-le-Comte, indique l'endroit où reposent les cendres de Cavoleau. Si le nom de cet homme de bien n'a pas eu de retentissement, c'est qu'enfant de la Vendée, il a consacré toute sa vie au pays qui l'a vu naître, et que c'est sur les grands théâtres et dans les grandes cités que la renommée distribue surtout ses couronnes.

 

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Le R. P. BAUDOUIN

 

Le R. P. Baudouin (Louis-Marie), naquit à Montaigu le 2 août 1765. Sa mère, restée veuve de bonne heure, entoura sa jeunesse d'une grande sollicitude et développa chez lui les sentiments d'une vive piété. A 15 ans il perdit cette excellente conseillère, et fut, par l'intermédiaire d'un de ses frères, vicaire à Chantonnay, placé au séminaire de Luçon, où il se montra un élève modèle. Effrayé des devoirs qu'impose le sacerdoce, il hésita un instant à recevoir les ordres majeurs, et il ne fallut rien moins que la main secourable de son frère alors curé de Luçon, et de ses supérieurs, pour lui faire franchir, comme diacre, les degrès qui devaient pour toujours le séparer du monde. Après avoir professé avec succès, et par ordre de ses supérieurs, renoncé aux missions étrangères, il était, par suite des évènements, ordonné prêtre à Saint-Malo par Monseigneur de Pressigny, son évêque diocésien, Mgr de Mercy, étant en ce moment aux Etats-Généraux.

 

Maison près du pont Jarlet, à Montaigu, où est né le R.P. Baudouin.

 

Agé alors de 24 ans, il refuse avec son frère le serment civil, et au mois de septembre 1792, s'embarque avec lui pour l'Espagne, d'où ils ne revienrent qu'au mois d'août 1797 : et c'est alors que d'accord avec son ami Lebédesque, il résolut de mettre à exécution le projet qu'il avait conçu depuis longtemps ; je veux parler de la fondation de la Congrégation des Ursulines de Jésus. Secondé par une femme d'élite, Mme Charlotte Ranfray de la Rochette, en religion Mme Saint-Benoist, et après avoir desservi la Jonchère et Saint-Cyr, il put, après sa nomination de curé de Chavagnes, voir se réaliser son plus cher désir. En 1802 Mme Saint-Benoist arriva à Chavagnes accompagnée de Mme Saint-Arsène et de quelques personnes qui se sentaient une vocation pour la vie religieuse. L'école s'ouvrit aussitôt et les élèves y affluèrent. Telle fut l'origine de la Congrégation des Ursulines de Jésus qui, après un siècle d'existance compte aujourd'hui plus d'un millier de religieuses et de nombreuses maissons d'éducation, tant en France qu'à l'étranger.

L'éducation des jeunes filles étant assurée, il s'occupa de pourvoir à celle des garçons, et à la fin de 1802, était fondé le séminaire de Chavagnes.

Au mois d'août 1808, le père Baudouin étant allé offrir ses vœux à Napoléon 1er et à l'impératrice à la Chardière, le grand capitaine lui promit, pour le développement de son œuvre, quatre-vingt mille francs qui ne furent jamais versés. Mais le zèle du père Baudouin pourvut à tout. Un décret impérial ayant soumis à l'inspection de l'Université les écoles ecclésiastiques secondaires, Mgr Paillou transféra le grand séminaire à La Rochelle et appela à sa direction le supérieur de Chavagnes, qui ne laissa pas sans un déchirement de cœur les deux communautés qu'il avait formées.

A La Rochelle comme partout, le père Baudouin fut un prêtre admirable, que son évêque nommait bientôt grand vicaire de la cathédrale. Après des événements de diverses sortes qui, plus d'une fois, attristèrent le cœur du vénérable prêtre, le fondateur des Ursulines était, par Mgr Soyer, appelé au poste éminent de vicaire général et de supérieur du grand séminaire de Luçon. Mais la perte de sa sœur vénérée et quelques difficultés avec son évêque, altérèrent profondément sa santé. Les dernières années passées sur la terre ne furent pour lui qu'une longue souffrance ; ses nerfs se paralysèrent, si bien qu'il devint insensible aux impressions du chaud et du froid. On pouvait bien appliquer ces vers du poète :

L'été n'a point de feux

L'hiver n'a point de glaces.

Le 12 février 1835, après une longue agonie, il expirait au milieu de la communauté qu'il avait créée par son zèle, pourvue d'un hôpital, soutenue de ses exhortations, édifiée par son exemple (1).

 

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(1) La collaboratrice du R. P. Baudouin, Charlotte Ranfray de la Rochette, née à Luçon le 4 novembre 1755, l'avait précédé au tombeau. Elle était morte presque subitement à Saintes, au mois de juillet 1828. - La Vendée adonné aussi a la fin du siècle dernier (31 juillet 1796), le jour à une autre noble femme : Rose Virginie Pelletier, née à Noirmoutier, supérieure de la Congrégation de N.-D. de Charité du Bon Pasteur, morte à Angers en 1871.

Voir pour sa biographie et celle de Charlotte de Ranfray : Les Biographies vendéennes de Merlan T. IV.

 

 

GARNEREAU

 

Garnereau (Francois-Gabriel), naquit à Fontenay-le-Comte le 14 septembre 1765, d'une famille d'honorables commerçants. Après de bonnes études au collège de sa ville natale et au séminaire d'Angers, où il connut l'abbé Soyer, plus tard évêque de Luçon, et le fameux abbé Bernier, Garnereau, chassé par la Révolution, revint à Fontenay, où il occupa, pendant quelque temps, une chaire de professeur, mais le flot montant de la démagogie le força de quitter cette ville, et d'aller chercher un asile au château de la Mothe, où il fit la connaissance d'Henri de la Rochejaquelein.

Ordonné secrètement prêtre à Nantes, l'abbé Garnereau, grâce à un passeport que lui procure un garde national nommé Bompart, se réfugie en Angleterre, où il devient professeur de français. Il y reste jusqu'au 18 brumaire. La voix de Bonaparte, réveillant alors la France de sa profonde léthargie, rouvrit les églises et les collèges, et Garnereau fut chargé de réorganiser comme Principal celui de Fontenay, qu'il dirigea d'une façon remarquable jusqu'en 1811. - A cette date, de Fontanes, ministre de l'Instruction publique dont il était l'ami, le chargea d'aller organiser l'Université impériale dans les collèges d'Italie. Après avoir rempli cette mission avec ardeur, l'abbé Garnereau est successivement promu Principal du collège de Niort, puis Inspecteur d'académie à Poitiers et à Orléans.

 

Le chalet de Saint-Luc, actuellement habité par M. Espierre d'après une photographie de M. Gabriel Espierre.

 

En 1822 il abandonne l'enseignement pour jouir de sa liberté et de la fortune qu'il avait acquise. Il revoit l'Angleterre, va en 1836 saluer le vieux roi Charles X en exil, parcourt la Bavière, la Hollande, et en 1842 toutes les grandes villes d'Italie.

A partir de ce moment, l'abbé Garnereau mena une existence plus sédentaire. Retiré dans sa solitude de Saint-Luc, près de Fontenay, au lieu où s'élève le joli cottage de M. Espierre, reproduit dans notre texte, l'abbé Garnereau, assis sur ces âpres rochers, sembla poursuivre à l'horizon le souvenir de son passé, comme un vieux matelot qui, du port où il est retenu par les ans, voit s'enfuir le vaisseau où s'écoula sa jeunesse.

C'est dans cet asile de la paix, où il semait à pleines mains le bien autour de lui, que s'éteignit doucement l'écrivain, le poète, l'artiste, le grand chrétien que fut l'abbé Garnereau, dont le cœur repose dans un modeste oratoire élevé au milieu même où le pieux solitaire rendit I'àme le 3 juin 1847, après avoir donné presque tous ses biens aux pauvres, et sa précieuse bibliothèque à sa ville natale.

Ses œuvres consistent principalement en deux volumes in-8° intitulés Opuscules littéraires, en prose et en vers, et Voyages en quelques parties de l'Europe. Toutes portent le cachet d'une honnêteté rigide et d'un travail consciencieux. Le but poursuivi par l'auteur n'a pas été surtout d'amuser ses lecteurs, mais de les instruire et de les rendre meilleurs en leur enseignant une morale pure, indispensable au bonheur des individus et des peuples.

 

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RENÉ GUINÉ

 

Parmi les marins illustres que le Bas-Poitou a donnés à la France, il n'en est pas de plus populaire que celui de René Guiné, né aux Sables-d'Olonne le 7 janvier 1768. Sans doute il n'eut pas les grandes places occupées par les Duchaffault, les Vaugiraud, les Grimouard, les Hector, les des Touches ; mais dans un temps difficile, il protégea le commerce, sauva la fortune des armateurs de Bordeaux, de La Rochelle des Sables-d'Olonne et de Nantes.

Pendant que dans la Vendée, Charette, Royrand, Marigny, de Vaugiraud, Duchaffault et Grimouard, les deux de Lézardière, et bien d'autres, par peur d'une Révolution qui les épouvante, refuseront leur concours à la République, et la plupart iront la combattre, leur place sera prise par une jeunesse inexpérimentée, mais ardente et patriote, au premier rang de laquelle allait se signaler le jeune Guiné.

Simple enseigne de vaisseau en 1794, au moment où la France, triomphante de la coalition des rois, venait de perdre une partie de ses colonies, Guiné s'empare à l'entrée de la rivière des Amazones de plusieurs navires portugais, et sauve Cayenne des mains de l'ennemi.

Chargé en 1796 d'une mission secrète, il reçoit le commandement de la corvette La Gaîté, armée de vingt canons, avec ordre d'éviter tout engagement avec l'ennemi. Rencontré par la frégate anglaise l'Arethuse, que montaient quatre cents hommes d'équipage, le commandant Guiné oublia ses instructions, et plutôt que de prendre chasse devant l'ennemi, se prépara à le combattre.

La supériorité des forces de son redoutable adversaire ne l'intimida point, et après une lutte acharnée de plusieurs heures et trois essais d'abordage, La Gaîté, trouée de boulets, faisant eau de toutes parts, amena son pavillon. L'Aréthuse conduisit sa prise en Angleterre, mais elle lui coûtait cher, car elle avait elle-même tellement souffert qu'elle avait peine à tenir la mer.

Malgré son dénouement, ce combat fut considéré par tous les gens du métier comme un des plus glorieux qu'eut livré notre marine. Traduit devant un Conseil de guerre pour désobéissance aux ordres reçus, et malgré l'admiration du jury pour tant de bravoure, Guiné n'en fut pas moins condamné à servir cinq ans en sous-ordre. - Ce jugement d'une sévérité inouïe produisit dans le port de Rochefort une sensation pénible, et un brave marin, le vice-amiral Martin, parti comme Guiné des derniers rangs de la marine, s'approchant du capitaine de vaisseau qui avait présidé le Conseil de guerre lui dit à voix basse : « Monsieur, si j'étais à votre place, j'irais me pendre ! »

Embarqué en sous-ordre, successivement sur le Rhinocéros, la canonnière l'Ile-Dieu, la corvette le Citoyen, la frégate la Thémis, le vaisseau Duguay-Trouin, la gabarre La Lionne, ses chefs, rendirent de lui un si brillant témoignage qu'il fut appelé au commandement de la corvette la Bergère, chargée après la paix d'Amiens de conduire l'ambassade française à Constantinople et de déposer des consuls dans toutes les Echelles du Levant.

Mais pendant ce temps-là, les gazettes anglaises redoublaient de déchaînement contre la France, et comme le disait le premier Consul « Chaque vent qui se levait de l'Angleterre ne lui apportait que haine et outrage ». Au mois de mai 1803, la guerre recommença avec un nouvel acharnement.

Guiné commandait alors le lougre l'Angélique, dont l'artillerie se composait de six canons de quatre. Attaqué devant la Teste par le cutter anglais la Providence, armé de seize canons de seize et de dix-huit, il le força après un combat opiniâtre à prendre le large.

La défaite de Trafalgar venait de donner l'empire des mers aux Anglais, qui insultaient nos côtes, bloquaient nos ports, et couraient sus aux navires qui se hasardaient à en sortir. Mais si nos couleurs ne flottaient plus sur nos escadres, de hardis corsaires les arboraient encore en haut de leurs mâts.

Pendant qu'ils ruinaient le commerce de l'Angleterre, Guiné entreprenait de protéger et de défendre celui de la France. Pour y parvenir, il organise dans le port des Sables, une flottille composée de quinze péniches, ayant à leur tête un lougre, Le Rapace, qu'il monte aussi fièrement que s'il eut été le vaisseau amiral. Pendant dix ans, avec une activité, une patience, un courage qui ne se lassent jamais, il accompagne les convois de Bordeaux à La Rochelle, de La Rochelle à Nantes, ayant Les Sables-d'Olonne pour port de refuge.

Luttant.contre les tempêtes, côtoyant la terre, et pour éviter d'être pris, s'exposant au naufrage, il sauve de 1805 à 1811, plus de trente navires et s'empare de plusieurs bâtiments anglais.

Le 23 février 1809, trois frégates françaises aux ordres du vice-amiral Jurien de la Gravière, bloquées dans le port des Sables par l'escadre de l'amiral Stopfort, sont dégagées grâce surtout au feu nourri des batteries de terre, dont la plus importante, celle de Saint-Nicolas, est sous les ordres du capitaine Guiné. On se battait de si près qu'un nuage de fumée dérobait souvent la vue des combattants.

La terreur qu'inspirait Guiné à l'Angleterre était telle, que tous les navires qui sortaient de ses ports avaient pour mot d'ordre cette recommandation si honorable pour lui : « Défiez-vous du commodore Guiné dans le golfe de Gascogne ».

 

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Le 24 mars 1812, la chambre de commerce de Nantes, en témoignage de gratitude, offrait à Guiné une épée d'honneur, et la ville de La Rochelle ne voulant pas demeurer en reste avec celle de Nantes, lui faisait don d'un instrument de marine.

Guiné eut non seulement l'estime de ses concitoyens, mais aussi celle de ses ennemis, et la paix signée après la chute de Napoléon, le commandant de la croisière anglaise, dans le golfe de Gascogne, voulut faire la connaissance du vaillant capitaine qui avait défendu la station des Sables. Il l'invita à sa table et lui exprima vivement les entiments qu'il avait pour sa personne et son caractère.

Nommé officier de la Légion d'honneur par Louis XVIII, le 18 août 1814, il fut, après les Cent jours, rayé des cadres de la marine, avec une misérable pension de 750 francs. Triste effet de nos discussions politiques et faute trop souvent renouvelée par les gouvernements, quand, au lieu d'accueillir tous les dévouements à la patrie, sous quelque drapeau qu'ils l'aient servie, obéissant au sentiment de la rancune ou de la colère, en font une politique d'exclusivisme.

Guiné, qui n'avait que 47 ans quand il fut arrêté dans sa carrière, ne put se résigner au repos, qui, pour un homme aussi actif, était une mort anticipée. - La mer, avec ses tempêtes et ses écueils, conserve pour tous ceux qui l'ont parcourue longtemps, des charmes irrésistibles, et Guiné ne voulut pas la contempler du rivage.

Sans fortune, après avoir été capitaine de frégate, il devint capitaine d'un navire de commerce du port de Nantes. Mais au sein de ces nouvelles occupations, la cer